Les races de chats sans poil intriguent autant qu’elles divisent. Elles sont pourtant beaucoup plus récentes qu’on ne l’imagine, et surtout, elles ne partagent pas toutes la même génétique. Voici ce que l’on sait vraiment de leur origine, de ce qui les distingue les unes des autres, et de ce que leur peau nue exige au quotidien.
L’essentiel
- Le Sphynx est né au Canada en 1966 (TICA). Son absence de poil vient d’un gène récessif.
- Le Donskoy est né en Russie en 1987, à Rostov-sur-le-Don. Sa mutation est portée par un gène dominant : c’est une génétique différente de celle du Sphynx, malgré le surnom de « Don Sphynx ».
- Le Peterbald, issu du croisement Donskoy x Oriental, est apparu en 1994 et existe en plusieurs textures de peau, du nu au duveteux.
- Ces chats ne sont pas des espèces, ce sont des races de chat domestique, au même titre que le Persan ou le Chartreux.
- Attention au réflexe « crème solaire » : les protections solaires humaines contiennent souvent des salicylates, une famille à laquelle le chat est particulièrement sensible, et il avale ce qu’on lui applique en se toilettant. L’ombre et la limitation de l’exposition passent avant tout produit, et le choix d’un produit se fait avec le vétérinaire.
D’où viennent ces chats à la peau nue
L’apparition des chats sans poil est récente à l’échelle de l’histoire féline. Selon la TICA, tout commence en 1966 en Ontario, au Canada : une chatte noire et blanche met au monde un chaton dépourvu de poil, que son propriétaire baptise Prune en raison de sa peau plissée. C’est le point de départ du Sphynx.
La race telle qu’on la connaît ne descend pas d’un seul animal. Entre 1975 et 1978, d’autres mutations spontanées apparaissent, au Minnesota puis à Toronto, donnant les chatons Epidermis, Punkie et Paloma. Ce sont eux qui seront croisés avec le Devon Rex, une race au poil très réduit, pour élargir un patrimoine génétique au départ très étroit. Le Sphynx d’aujourd’hui vient de ce travail-là.
Ces races restent confidentielles face aux races de grand format ou aux races les plus classiques. Les deux autres races arrivent bien plus tard, et toutes les deux en Russie : le Donskoy en 1987, le Peterbald en 1994. Vingt à vingt-huit ans séparent donc le Sphynx de ses cousins russes.
D’autres races de chat restent tout aussi mal connues du grand public, mais aucune ne suscite autant de réactions que celles-ci : leur apparence ne laisse personne indifférent.
Trois races, deux génétiques différentes
C’est le point que la plupart des articles passent sous silence, et c’est pourtant le plus intéressant. Le surnom de « Don Sphynx » donné au Donskoy laisse croire à une simple variante russe du Sphynx. En réalité, les deux races ne doivent pas leur nudité au même mécanisme génétique.
| Race | Année et lieu d’origine | Gène en cause | Reconnaissance |
|---|---|---|---|
| Sphynx | 1966, Ontario (Canada) | Récessif | Race établie, 1 236 pedigrees en France en 2023 (LOOF) |
| Donskoy | 1987, Rostov-sur-le-Don (Russie) | Dominant | WCF en 1997, TICA en 2005 |
| Peterbald | 1994, Saint-Pétersbourg (Russie) | Hérité du Donskoy | WCF en 2003 |
Cette différence n’est pas un détail d’érudition. Un gène récessif doit être reçu des deux parents pour s’exprimer, alors qu’un gène dominant suffit à lui seul. Concrètement, croiser un Donskoy avec un chat à poil peut donner des chatons nus dès la première génération, ce qui n’arrive pas de la même façon chez le Sphynx, où les deux parents doivent être porteurs. C’est la raison pour laquelle les deux races, malgré leur ressemblance, se conduisent très différemment en élevage.
Le Sphynx
De taille moyenne, le Sphynx a une tête légèrement triangulaire et des oreilles larges à la base, effilées vers le sommet. Son corps est musclé, ses yeux très grands, en forme de citron. Sa queue, assez longue, se termine parfois par une touffe de poils.
Sa peau n’est pas totalement glabre : elle est le plus souvent couverte d’un duvet très fin, comparable à celui d’une pêche. C’est un chat au caractère affectueux et sociable, souvent décrit comme demandeur de contact.
Le Donskoy
Son histoire commence par un sauvetage. En 1987, à Rostov-sur-le-Don, Elena Kovaleva récupère un chaton maltraité qu’elle nomme Varvara. L’animal perd progressivement ses poils ; les traitements restent sans effet, et l’on comprend plus tard qu’il ne s’agit pas d’une maladie mais d’une mutation naturelle. Quelques années après, Varvara met bas des chatons nus et des chatons poilus.
Le Donskoy se distingue par plusieurs plis sur une peau élastique, une tête qui s’élargit de la base au sommet, des pattes longues et musclées, et des vibrisses souvent bouclées lorsqu’il en a. Ses oreilles sont posées plus haut sur la tête que celles du Sphynx. Aussi affectueux que ce dernier, il est en général plus actif.
Le Peterbald
Né du croisement entre le Donskoy et l’Oriental, le Peterbald en hérite la silhouette : corps long et fin, tête triangulaire, pommettes saillantes. Il est reconnu par la WCF en 2003.
Trois variétés coexistent au sein de la race :
- Les nus, à la peau glabre et élastique
- Les velours, à la peau duveteuse
- Les brush, aux poils courts et parfois épars
Au quotidien : peau, bains et oreilles
Contrairement à une idée répandue, l’aspect fragile de ces chats reste surtout un aspect. Ils sont plus exposés au froid dans leurs premiers jours, mais leur espérance de vie n’a rien d’exceptionnellement courte par rapport aux autres races.
Le vrai changement concerne l’entretien. Chez un chat à poil, le sébum produit par la peau est absorbé par le pelage. Chez un chat nu, il reste en surface et devient vite gras au toucher. Le bain régulier n’est donc pas un caprice esthétique mais une nécessité d’hygiène, à une fréquence qui dépend de chaque animal : certaines peaux demandent un passage hebdomadaire, d’autres beaucoup moins. Un produit adapté au pH de la peau du chat est indispensable, un shampooing humain ne convient pas.
Même logique pour les oreilles, qui produisent davantage de cérumen faute de poils pour le retenir : un nettoyage plus fréquent que la moyenne, avec un produit auriculaire vétérinaire.
Enfin, ces chats se refroidissent plus vite. Une température intérieure confortable, des couchages chauds et, pour certains, un vêtement léger en hiver, font partie du quotidien.
Soleil : la précaution à prendre, et celle à éviter
Sans poil pour filtrer les ultraviolets, la peau de ces chats est directement exposée : coups de soleil et lésions cutanées sont un risque réel, en particulier derrière une vitre où l’animal aime se poster.
Le conseil que l’on lit le plus souvent, « enduisez-le de crème solaire », mérite d’être nuancé. Un chat se toilette, donc il avale ce qu’on lui applique. Or les protections solaires destinées aux humains contiennent fréquemment des salicylates, la famille de l’aspirine. Le chat métabolise mal cette famille de molécules : le manuel vétérinaire MSD rappelle que sa demi-vie d’élimination de l’aspirine atteint environ 37,5 heures, très au-dessus des autres espèces, ce qui rend l’accumulation possible. L’ASPCA rapporte pour sa part, après ingestion de protection solaire, des troubles acido-basiques et des irritations digestives, tout en précisant que l’oxyde de zinc est mal absorbé par le tube digestif et que l’intoxication au zinc reste rare dans ce contexte. Le risque n’est donc pas dramatique à chaque léchage, mais il est inutile de le prendre.
La conduite raisonnable tient en trois points :
- Limiter l’exposition aux heures les plus fortes, et donner accès à des zones d’ombre.
- Traiter les vitres : un film anti-UV sur la fenêtre préférée du chat règle une grande partie du problème, sans rien appliquer sur lui.
- Ne choisir un produit qu’avec son vétérinaire. Aucune protection solaire n’est aujourd’hui homologuée pour le chat, et les produits vétérinaires disponibles visent en général le chien.
Un chat sans poil qui développe une rougeur persistante, une croûte ou une lésion qui ne guérit pas doit être montré : sur une peau nue, ces signes se voient tôt, autant en profiter.
Questions fréquentes
Les chats sans poil sont-ils hypoallergéniques ?
Non, et c’est le malentendu le plus fréquent à leur sujet. L’allergie au chat est provoquée par une protéine, Fel d 1, produite par les glandes salivaires et cutanées, pas par le poil lui-même. Un chat nu la produit comme les autres et la dépose sur sa peau en se toilettant. Le sujet revient souvent à propos d’autres races, comme le Maine Coon. Une étude publiée dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology a mesuré la production de Fel d 1 chez des races réputées hypoallergéniques et n’a trouvé aucune différence permettant de les qualifier ainsi. Ce qui varie, c’est la quantité produite d’un individu à l’autre, pas la race.
Faut-il vraiment baigner un chat sans poil ?
Oui, parce que le sébum n’est plus absorbé par un pelage et reste sur la peau. La fréquence dépend de l’animal, de quelques jours à plusieurs semaines. Utilisez un produit adapté au pH cutané du chat et séchez-le soigneusement, il se refroidit vite.
Quelle différence entre le Sphynx et le Donskoy ?
Elle est d’abord génétique : la nudité du Sphynx tient à un gène récessif, celle du Donskoy à un gène dominant. Physiquement, le Donskoy a des oreilles implantées plus haut, une peau plus plissée et souvent des vibrisses bouclées. Le nom « Don Sphynx » entretient la confusion, mais ce sont bien deux races distinctes.
Un chat sans poil a-t-il froid ?
Il se refroidit plus vite qu’un chat à poil et cherche naturellement les sources de chaleur. Une pièce tempérée, des couchages douillets et un accès à un point chaud suffisent en général. Attention aux radiateurs et aux appareils chauffants, sur lesquels une peau nue se brûle plus facilement.
Combien de temps vit un chat sans poil ?
Rien n’indique que ces races vivent nettement moins longtemps que les autres chats de race. Leur fragilité concerne surtout les premiers jours de vie, plus sensibles au froid, ainsi que la peau, qui demande une surveillance particulière tout au long de la vie.
Sources
- TICA, Sphynx Breed (origine 1966, Ontario, chaton Prune, croisements Devon Rex)
- TICA, Donskoy Breed (origine 1987, Rostov-sur-le-Don, Varvara, gène dominant)
- MSD Veterinary Manual, Toxicoses From Human Analgesics in Animals (sensibilité du chat aux salicylates)
- ASPCA Pro, Sunscreen and Zinc Oxide Ingestion in Pets
- LOOF, Top 10 des races 2023
- Nicholas C. et coll., Do hypoallergenic cats exist ? Determination of major cat allergen Fel d 1 production in normal and hypoallergenic cat breeds
Ces trois races se ressemblent de loin et se distinguent nettement de près, jusque dans leur génétique. Adopter un chat nu, c’est surtout accepter un entretien différent : une peau à surveiller, des bains réguliers, et une vigilance particulière au soleil comme au froid. Rien d’insurmontable, à condition de le savoir avant.






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Merci de nous faire connaitre ce livre, je ne le connais pas mais je vais le consulter, voire l’acheter! cordialement!
J’adore ces chats, ils fascinent autant qu’ils rebutent !
oui c’est vrai, ils sont fascinants, très attachants aussi. Je les aime beaucoup! bonne journée!